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 Le Docteur Jean-Pierre Logel ou ......

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Francois Lafeignasse
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MessageSujet: Le Docteur Jean-Pierre Logel ou ......   Lun 23 Juin 2008 - 9:16

Le Docteur Jean-Pierre Laugel ou De la civilisation du service à la civilisation du profit maximum.

Un envoi de mon correspondant Orwell...je ne suis pas tout le temps d'accord avec ce qu'il écrit mais il présente des reflexions très intéressantes de toute manière.

Culture et civilisation : De la civilisation du service à la civilisation du profit maximum


Dans son livre, Jean-Pierre Laugel reproduit les résultats d'une récente enquête sondant les motivations des étudiants en médecine : le rang social, l'assurance de trouver du travail, et la certitude de bien gagner sa vie.
« Aucun n'ose prononcer les mots de vocation, de solidarité, de considération ou d'amour du prochain, déplore-t-il. En lisant ça, j'ai presque honte. »


Le docteur Jean-Pierre Laugel illustre bien comment notre société change peu à peu de culture. L’Occident avait su maintenir un mélange harmonieux entre deux civilisations, la civilisation du service, dans laquelle toute la force d’un individu est orientée vers l’acte utile à la société, la rémunération n’étant qu’accessoire, et une civilisation de l’exploitation de son prochain, la rémunération devenant l’essentiel et le service secondaire. Cet équilibre existait et existe d’ailleurs en tout individu. La culture du service est sans doute même celle avec laquelle l’être humain vient au monde, c’est la culture qui est dans ses gênes, comme elle l’est dans celles de toutes les espèces animales dites sociales. Fort curieusement, cette culture de service existe peut-être même dans les végétaux, puisque certains arbres arriveraient à prévenir d’autres arbres qu’ils sont l’objet d’un acte d’agression par des animaux herbivores, ce qui permettrait aux arbres ainsi avertis de produire une substance les rendant indigestes.

Dans un texte très curieux, peu connu, semble-t-il, même des théologiens, Luther avait écrit que Moïse était un homme mort, inutile pour les chrétiens, étant donné que ses commandements se trouvaient dans chaque homme lorsqu’il venait au monde (Rousseau, plus tard, avait répété la même chose).
On peut dire que la culture chrétienne est naturelle, en harmonie avec le patrimoine génétique psychique de l’homme, alors que la culture vétérotestamentaire***, celle non seulement du profit, mais du profit maximum, viole la nature de l’homme; avec les conséquences, des dysfonctionnements psychiques et somatiques, que les épicuriens avaient mis, fort justement, sur le compte d’”idées non naturelles et non nécessaires” [1].

Le contraire de la culture chrétienne se trouve bien exprimé dans la recommandation faite par Maïmonide [2] aux juifs — commentaire de la 198e mitswah, sur le prêt à intérêt à un non juifïmonide—de pratiquer l’usure, strictement interdite entre juifs, avec les goys et de prendre le profit maximum (il dit encore autre chose, pire, mais cela sort du sujet de cette réflexion).

L’influence de l’ancien testament, ou de la partie écrite par les Lévites, qui a pris le dessus sur celle provenant des tribus dites de Joseph, conquiert peu à peu la culture occidentale et se retrouve aujourd’hui nettement dans les professions, comme celle des médecins. Et même dans le clergé alsacien, guidé en la matière par le clergé protestant — des protestants ont de nouveau été leaders en quelque chose — qui a demandé, et obtenu du ministre de l’intérieur Sarkozy — à des fins qu’on peut deviner — le passage du grade B de la fonction publique au grade A, sous prétexte d’un allongement des études de cinq à huit ans (prolongation ridicule et inutile, surtout quand on en voit les résultats : des cultes qui se vident; et qu’on regarde de plus près ce qui est enseigné).

On peut dire que le clergé protestant semble influencé par les Lévites de l’ancien testament qui, en rédigeant les textes attribués à Moïse, se sont, dans l’attribution du butin, privés de terre, donc de travail, et sont devenus des parasites que les autres tribus ont de plus en plus mal supporté (pour reprendre le pouvoir, le clergé lévite a introduit à grande échelle un moyen utilisé par beaucoup de prêtres dans l’histoire et dans le monde : le terrorisme divin; lire à ce sujet Ezéchiel, grand maître en terrorisme divin).

L’expression la plus forte de cette civilisation de l’exploitation se trouve aujourd’hui chez les spéculateurs de bourse qui s’enrichissent, sur le dos de tous les autres agents économiques, en achetant et vendant des quantités de marchandises qui n’existent pas — ce sont les quantités qui n’existent pas — à des prix totalement imaginaires et artificiels, dans des opérations que les boursiers de New York appellent “futures”. Avec une masse d’argent composée de fausse monnaie, dont la Federal Reserve américaine, la FED, est le plus important fournisseur (lorsqu’une masse monétaire n’est plus connue ni contrôlée, elle devient équivalente au produit de faux-monnayeurs). Un système économique qui génère du chaos et, finalement, le désert.

Espérons qu’il y aura encore quelques survivants animés par l’esprit de service, aussi dans le clergé, pour procéder ensuite à la reconstruction.



[1] Lire à ce sujet “la philosophie comme thérapie de l’âme”, par Jean-André Voelke, réédité en 2004. Voire le catalogue Academic Press de Fribourg: http://www.paulusedition.ch/catalog

[2] Maïmonide, Le livre des commandements, Séfère Hamitsvoth, Editions L’Age d’Homme — ouvrage difficile à trouver, cela fait plusieurs années que je demande à “mon” libraire israélite de m’en trouver un.


***Véterotestamentaire : c'est l'expression d'Orwell pour désigner la culture de l'ancien testament, en particulier celle des Lévites, une culture de la destruction. Idée avec laquelle je suis assez d'accord...



DNA Dim 22 juin 2008

Jean-Pierre Laugel, médecin de campagne

A l'écoute du coeur


Après trois décennies passées à soigner le coeur de ses patients, le docteur Jean-Pierre Laugel a pris le temps d'ausculter le sien. Dans « Docteur, aidez-moi », publié en début d'année, il témoigne de son expérience de médecin de campagne à Niederbronn-les-Bains et espère que la médecine humaniste ne cédera pas définitivement la place à une médecine déshumanisée.
PAR FLORIAN HABY

« Médecin de campagne ». Il dit ça d'un trait, comme s'il s'agissait d'une spécialité à part entière. Pas « médecin » tout court, ni même « médecin à la campagne ». Jean-Pierre Laugel a exercé pendant 33 ans à Niederbronn-les-Bains. Sa « spécialité », il en livre les caractéristiques dans un témoignage « modeste », mais passionnant, Docteur, aidez-moi (*).

Le nourrisson de 1,1 kilo est placé dans une boîte à chaussures

Parce que, deux ans après sa retraite, il a cédé aux demandes de ses patients le pressant de livrer ses mémoires, puis a été submergé par la fièvre de l'écriture. Parce que sa carrière achevée, il ne cesse de se demander : « N'aurais-je pas pu mieux faire ? » Parce que, surtout - et au risque de passer pour « un moraliste dépassé » -, cette médecine de famille qu'il chérit tant vouée, selon lui, à disparaître.

Jean-Pierre Laugel est né grand prématuré. Le nourrisson de 1,1 kilo est placé dans une boîte à chaussures, sur un lit de coton. Personne ne croit en ses chances. « Mais j'avais déjà la grande gueule, sourit 64 ans plus tard cet homme enjoué et direct. J'ai bu goulûment le lait qu'on me donnait, et j'ai survécu. J'ai toujours su m'accrocher. »

Il s'accroche aussi face aux quolibets de ses camarades d'Eberbach, le village nord-alsacien où il a grandi : le petit Jean-Pierre traîne comme des boulets des handicaps d'autant plus lourds à porter qu'il est le fils de l'instituteur. Il est bègue, dyslexique et dysorthographique.

« Un jour, un de mes professeurs m'a dit qu'il y avait trop d'idées qui se bousculaient dans ma tête. C'était exactement ça, et ça a été le déclic. » Il se débarrasse de son bégaiement en allant en forêt déclamer des textes d'auteurs romantiques appris par coeur.
« Un jour, je vous montrerai ce que je vaux », se répète-t-il comme un mantra. Contre l'avis de son père, qui souhaite que son fils suive ses traces et enseigne les mathématiques ou la physique, il veut piloter des avions, sa grande passion. Mais sa vue défaillante ne le lui permettra pas.


« Il fallait que je prenne un peu du malheur des gens, que je le fasse mien pour les en libérer »


Il pense un temps embrasser la prêtrise, puis se trouve « un autre sacerdoce » : il sera médecin, coûte que coûte. Sous ses fines lunettes, son regard bleu pétillant d'intelligence trahit aujourd'hui encore sa force de caractère. « Il fallait que je tende la main aux autres. Que je prenne un peu du malheur des gens, que je le fasse mien pour les en libérer. »

Étudiant désargenté, il remplace les sorties nocturnes par des soirées passées auprès des malades qu'il a côtoyés le jour. « Ils me disaient des choses qu'ils ne m'auraient jamais dites autrement. J'ai appris avec eux une chose primordiale, peut-être la plus importante de toutes pour exercer mon métier : l'écoute. »

C'est précisément le fil rouge du témoignage du docteur Laugel : « J'ai noirci des centaines de pages, guidé par un seul aiguillon : faire le parallèle entre la médecine humaniste qu'on pratiquait à mes débuts en 1973, où le malade était au centre des préoccupations du médecin, et la médecine technique, instrumentale et pointue d'aujourd'hui, qui délaisse trop souvent l'accompagnement psychologique - parce qu'on n'a pas le temps, ou qu'on ne veut pas le prendre parce que ce n'est pas rentable. »


Autant spécialiste du corps humain que spécialiste de l'humain

Dans son livre, Jean-Pierre Laugel reproduit les résultats d'une récente enquête sondant les motivations des étudiants en médecine : le rang social, l'assurance de trouver du travail, et la certitude de bien gagner sa vie. « Aucun n'ose prononcer les mots de vocation, de solidarité, de considération ou d'amour du prochain, déplore-t-il. En lisant ça, j'ai presque honte. » Le serment d'Hippocrate est reproduit en première page de Docteur, aidez-moi. En caractères gras.

A travers de nombreux cas rencontrés au fil de sa carrière commencée comme médecin à la cure thermale de Niederbronn-les-Bains et rapidement poursuivie en tant que praticien libéral, Jean-Pierre Laugel brosse un tableau « sans prétention » de la pratique de la médecine dans la deuxième moitié du XXe siècle. D'un temps que, craint-il, les moins de 20 ans risquent de ne pas connaître. D'un temps où le médecin de campagne, tour à tour confident, conciliateur voire conseiller matrimonial, était tout autant spécialiste du corps humain que spécialiste de l'humain - docteur en humanité.


« Que peut le médecin? Soulager ? Oui, j'en suis sûr. Guérir ? Je le suis beaucoup moins »

Au fil de ces histoires cliniques ressorties de sa mémoire éléphantesque, il ouvre son coeur et son âme d'« éternel insatisfait », partage ses doutes et ses inquiétudes, ses joies et ses peines, ses réussites et ses échecs. Sa peur face à la violence d'un patient irascible qui finira par lui planter des ciseaux dans le ventre, sa détresse face à la douleur des malades désireux d'en finir. Sa rage contre ce Dieu en lequel il croit mais qui tarde tant à délivrer les mourants de leurs souffrances en laissant, à l'inverse, mourir des enfants. Il raconte son expérience de médecin sapeur-pompier, entamée en 1973 dans une caserne de « soldats du feu dévoués mais ignorant tout du secourisme », munis en tout et pour tout dans ce domaine de « quelques pansements, deux attelles et une bombe à oxygène », et qu'il finira en tant que chef de centre avec le grade de lieutenant-colonel honoraire (**).

Et les souvenirs « insupportables » des interventions sur les crash de Ramstein en Allemagne - qui avait fait 70 morts et plus de 500 blessés en 1988 - et du mont Sainte-Odile. Seuls huit des 97 passagers de l'Airbus avaient survécu au drame de la nuit glaciale du 20 janvier 1992.

Alors commandant expérimenté rompu à la médecine de catastrophe, il avait pleuré toutes les larmes de son corps. Il évoque encore son ardent enthousiasme pour l'acupuncture, qui « considère l'homme et son corps comme un tout, plutôt qu'une collection d'organes », et son « retour sur terre » deux ans à peine après son installation : « Au départ, j'avais la prétention de guérir ceux qui venaient me consulter. Mais j'ai rapidement déchanté.

Que peut faire le médecin? Soulager ? Oui, j'en suis sûr. Guérir ? Je le suis beaucoup moins. » « Aidez-moi ! », l'ont tant de fois supplié ses patients. « Avec joie, leur répond rétrospectivement Jean-Pierre Laugel. Si je peux. »


« Une vie de travail trop remplie, agitée, au point d'avoir déchiré mon coeur gros »

« Le temps passe, immuable, écrit-il à l'heure du bilan, et poursuit son travail destructeur sur cette carcasse fatiguée, flétrie, malmenée par une vie de travail trop bien remplie, agitée, trépidante, au point d'avoir déchiré - un infarctus « inévitable » en 1996, NDLR - mon coeur immensément gros », lourd des fardeaux que les malades ont déposés à ses pieds. Avec le recul, le docteur Laugel reconnaît n'avoir été ni un mari modèle pour sa femme Irma, infirmière puéricultrice «incroyablement compréhensive » qu'il a perdue récemment, ni un père modèle pour ses deux fils, mais « l'esclave de [ses] obligations ». « Et malheureusement, constate-t-il, il n'y en avait jamais assez : le travail était devenu ma drogue. Mais je ne le regrette pas : les blessés et les malades en auront largement profité. »

F.H.
(*) « Docteur, aidez-moi », par Jean-Pierre Laugel, éditions Persée, 19 €.
www.docteurlaugel.fr
(**) Après avoir, pendant vingt ans, formé les sapeurs-pompiers au secourisme et les avoir équipés pour les interventions de secours routier, il finira par diriger la caserne de Niederbronn-les-Bains de 1992 à 1996.
DNA Dim 22 juin 2008
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